"Nous sommes tous dans la boue, mais certains d'entre nous regardent les étoiles"
Oscar Wilde

mardi 9 février 2016

Prix du roman des Etudiants : premières lectures

Bonjour les lecteurs !

Je vous l'ai confié il y a quelques temps, (cf article) je suis jurée pour le Prix du Roman des Étudiants (RDE pour les intimes) France Culture-Télérama. Nous avons donc 10 livres à départager avant le 7 mars.  
 A Brest, les livres ont tardé à arriver à la librairie Dialogues, mais les libraires ont très gentiment accepté de m'en prêter deux à lire pendant mon séjour à Paris (encore merci à eux, à leur gentillesse et leur patience face à mes coups de fil quotidiens !) et entre temps ils sont tous arrivés !

J'ai donc débuté la sélection par Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai et En attendant Bojanglès d'Olivier Bourdeaut.
Voici mes compte-rendus de lectures !




Première lecture : Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai

 " On ne meurt pas d'amour. Ce qui arrive le plus souvent, c'est ce désert dans lequel on entre pour un moment, l'hébétude de l'abandon."

Je ne connaissais aucun des deux auteurs, mais j'avais entendu parler de Titus n'aimait pas Bérénice qui a déjà reçu le prix Médicis.
Le roman débute par le récit d'une rupture : on comprend que Titus vient de quitter Bérénice pour rester avec sa femme légitime, Roma. La narratrice, dévastée, cherche un moyen de faire son deuil de cette relation, et ce moyen, c'est le théâtre de Jean Racine. Elle redécouvre l’œuvre du dramaturge et se trouve une parenté avec ses héroïnes. Elle se demande alors comment un homme a pu écrire de tels drames amoureux, et composer des personnages féminins si intenses. Pensant être sur le  chemin de la guérison, Bérénice se lance alors un défi : si elle parvient à comprendre comment Racine a écrit ses pièces, elle comprendra pourquoi Titus l'a quittée.
Commence alors le véritable roman : l'histoire de Jean Racine, du couvent où il grandit, apprend le latin et commence à versifier, jusqu'à la Cour du Roi où il finit par être admis. Il s'agit donc pour la narratrice de trouver un "objet alternatif à son chagrin".
Titus n'aimait pas Bérénice dresse donc un portrait brillant, très littéraire, du chemin qu'a suivi Racine jusqu'à devenir le célèbre dramaturge. On y découvre un homme amoureux de la langue et du rythme, qui se bat pour faire vivre ses héroïnes et exister dans le milieu littéraire. On y découvre aussi ses failles, son combat permanent, sa vie durant, entre son enfance religieuse et pieuse, et sa vie d'adulte, considérée comme irrévérencieuse.
 Un bref chapitre intercalé au milieu de l'histoire nous ramène au moment présent et à la narratrice, nous rappelant le pourquoi de cette biographie.
Je ne trahirai pas le choix que Racine fera à la fin du livre, ni celui de la Bérénice actuelle !
Titus n'aimait pas Bérénice est donc un beau roman, bien écrit, soigné (Nathalie Azoulai est agrégée de lettres et on le sent), cependant j'ai été déçue. En effet, je ne m'attendais pas à une biographie (et je vous ai déjà confié que je n'en suis pas fan en général) mais plutôt à une histoire de rupture et de reconstruction. Je pensais que le parallèle entre l'histoire actuelle et celle de Titus et Bérénice serait plus explicitée et serait le véritable sujet du roman, alors qu'ici il sert seulement de prétexte.
 Du coup la mécanique bien huilée du récit fonctionne parfaitement, et c'est agréable à lire, mais beaucoup trop lisse selon moi. J'ai trouvé le roman trop rigoureux, presque sans âme, manquant d'émotions. Bref, un roman pour lequel je ne voterai pas...


Deuxième lecture : En attendant Bojanglès, d'Olivier Bourdeaut, que j'ai dévoré !

"Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l'endroit, à l'envers, parce que la vie c'est souvent comme ça"

Il s'agit du premier roman d'Olivier Bourdeaut, en grande partie autobiographique si l'on en croit la préface. L'auteur y raconte son enfance auprès de deux parents pour le moins atypiques. Ils dansent sur la chanson de Nina Simone qui donne son titre au livre, vivent avec un oiseau exotique qu'ils ont ramené d'Afrique, surnommé Mademoiselle Superfétatoire. La vie chez eux est une "fête perpétuelle", que ce soit dans leur appartement à Paris, où ils boivent des cocktails avec une olive en compagnie de leur ami "l'Ordure"surnommé encore le "sénateur" ou dans leur "château en Espagne" (au sens propre comme au figuré !).
Ce sont véritablement des parents hors norme : ils se vouvoient et vouvoient leur fils, n'ouvrent jamais le courrier qui s'entasse dans un coin, menaçant leur fils de l'ouvrir en guise de punition (l'autre menace étant celle d'allumer la télévision !) ou encore s'inventent de nouveaux noms (le père du narrateur donne un nouveau prénom à sa femme tous les trois jours !).
Il y a beaucoup d'amour et de tendresse entre ces trois là, malgré leur grain de folie . Seulement voilà, ce grain de folie n'est pas au goût de tout le monde... A l'école, le narrateur est obligé de mentir sur sa vie familiale, au risque qu'on le prenne pour un fou, et à la maison, il doit mentir sur sa journée à l'école...
En attendant Bojanglès évoque donc la difficulté à vivre de façon différente, en dehors des normes. Le narrateur finira d'ailleurs par quitter l'école et ses parents par se faire rattraper par le service des impôts.
Ce roman questionne aussi sur la ligne tangible, quasi invisible, entre l'originalité (en tant que trait de caractère) et la folie (en tant que pathologie) : comment bascule t'on d'un côté ou de l'autre ? Qui décide de quel côté l'on se trouve ?
Comme le dit d'ailleurs la maman à un moment : "De toute façon, j'ai toujours été un peu folle alors un peu plus, un peu moins, ça ne va pas changer l'amour que vous avez pour moi, n'est-ce pas ?"
Par certains aspects, ce livre m'a évoqué le film Daddy cool, de Maya Forbes dans lequel la réalisatrice racontait, avec humour et tendresse, son enfance auprès de son père bipolaire. Il y a également un côté John Irving, à travers cette galerie de personnages exubérants auxquels on s'attache et dont on parvient peu à peu à reconstituer le petit monde.
Vous l'aurez compris, En attendant Bojangles a été un vrai coup de cœur pour moi. C'est drôle, c'est plein d'amour, c'est touchant, c'est très bien écrit... Je vous encourage à le lire !
(je ne résiste pas à la tentation de terminer sur le morceau de Nina Simone qui a donné son titre au livre, pour que vous aussi, vous tentiez de faire revenir Mister Bojangles en dansant...)


4 commentaires:

  1. Aaaaah En attendant Bojangles a été un coup de coeur pour moi aussi! :)

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    1. J'ai cru comprendre que ça avait été un coup de cœur pour mal de jurés ! C'est vrai que le titre n'inspire pas grand chose au début, ni la couverture... Un auteur inconnu, en plus publié dans une maison d'édition peu habituelle, et finalement c'est une véritable petite pépite !
      Je le pressens comme vainqueur du prix...
      Qu'en penses-tu ?

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  2. "En attendant Bojangles" est un des romans qu'il me reste à lire et j'en ai entendu des critiques plutôt positives. Après ton article, j'ai encore plus envie de mettre la main dessus! ;)

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    1. Oui c'est vraiment une belle surprise dans la sélection, en plus il se lit très vite donc tu devrais largement avoir le temps de le terminer avant le vote ! J'attends ton avis après lecture :-)

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