"Nous sommes tous dans la boue, mais certains d'entre nous regardent les étoiles"
Oscar Wilde

dimanche 29 mai 2016

Mon festival de Cannes, épisode 3 : "Julieta" de Pedro Almodovar

Bonjour les lecteurs !

Peu d'articles ce mois-ci, beaucoup de retard dans mes publications...
Pour ma défense, j'ai un emploi du temps très chargé et ça risque de se poursuivre dans les mois qui viennent.
Il faut que j'essaie de m'organiser différemment afin de dégager du temps pour le blog !

On continue donc aujourd'hui dans la série "Mon festival de Cannes", tandis que celui-ci s'est terminé la semaine dernière. Le film dont je vais vous parler n'a malheureusement pas été récompensé...


"J'ignore comment ces choses (l'inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent.
Le fait est qu'elles traversent les familles de part en part, comme d'impitoyables malédictions, laissent des empreintes qui résistent au temps et au déni."
Delphine De Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit

Julieta, ou le retour de Pedro Almodovar (d'avance je m'excuse pour l'absence d'accent sur le deuxième "o", mais je ne sais pas comment le faire sur mon clavier !) aux "portraits de femmes", si l'on en croit la bande-annonce.
Les femmes, on l'a bien compris, Pedro Amodovar les aime et aime les filmer : que ce soit dans Femmes au bord de la crise de nerf, Attache-moi ou encore Tout sur ma mère, elles sont souvent au cœur de ses films.
Cette fois-ci, Almodovar s'attaque à l'adaptation (parait-il très libre) du Prix Nobel de littérature Alice Munro, en mélangeant plusieurs de ses nouvelles.
Julieta (Emma Suarez), donc, s'apprête à quitter définitivement l'Espagne pour le Portugal avec son compagnon, Lorenzo (Dario Grandinetti) sans un regard en arrière. Ils se sont promis de ne pas vieillir seuls... Mais une rencontre inattendue va bousculer les plans de Julieta : au hasrd d'une rue, elle croise Beatriz (Michelle Jenner), une amie d'enfance de sa fille, Antia. Celle-ci lui apprend qu'elle a d'ailleurs croisé Antia récemment. Julieta, bouleversée par cette nouvelle, décide de rester en Espagne et de ré-emménager dans son ancien immeuble, et pour cause : cela faisait douze ans qu'elle n'avait pas eu de nouvelle de sa fille... En retrouvant son ancien quartier, son ancienne rue, elle espère se rapprocher de sa fille devenue adulte, et, surtout, laisse la possibilité à cette dernière de la recontacter.
Pour soulager son chagrin, qu'elle avait pourtant tenté d'occulter durant toutes ces années (son compagnon n'est même pas au courant de l'existence d'Antia), Julieta décide d'écrire à sa fille, une longue lettre en forme de confession. Commence alors pour Julieta une plongée dans son passé, une traversée du temps à travers sa mémoire. L'écriture représente une sorte d'autel qu'elle dresse pour sa fille.
Julieta est donc un véritable parcours de vie : on y suit l'héroïne à travers les années et les événements qui jalonnent sa vie.
Il y est question avant tout d'amour, comme souvent chez Almodovar. Amour entre un homme et une femme, tout d'abord, avec la rencontre entre Julieta et son premier amour, Xoan (Daniel Grao). Almodovar film extrêmement bien le désir et la passion qui naissent entre deux êtres, et les scène d'amour sont d'une sensualité stupéfiante.
Amour filial, ensuite : entre Julieta et sa fille, mais aussi entre Julieta et sa propre mère (Susi Sachez), qui perd la mémoire et se meurt à petit feu.
Et dans Julieta, on parle aussi de la famille, de ses secrets et surtout de son héritage : le film suggère une transmission du deuil et de la culpabilité de génération en génération.
La culpabilité, autre thème majeur du film, est déclinée de nombreuses façons, et symbolisée par le personnage de Julieta, rongée de remords et qui pense expier ses fautes à travers la perte sa fille.
Julieta évoque ainsi également la question douloureuse du deuil et de la recontruction, à travers trois personnages : Julieta, Xoan et le père de Julieta (Joaquin Notario), qui se reconstruisent chacun à leur façon après la perte d'êtres chers. Il est suggéré une sorte d'éternel recommencement : c'est à la mort de sa femme que Julieta débarque à l'improviste chez Xoan, puis c'est à l'enterrement d'une amie proche qu'elle rencontre Lorenzo...
Le dernier film d'Almodovar est donc extrêmement riche en contenu, et surtout véritablement puissant dans les thèmes abordés.

Du côté de la mise en scène, on est loin des tons colorés et de la folie des débuts d'Almodovar. La première partie du film, avec son côté pop/rétro peut s'en rapprocher un peu, mais la deuxième partie est plus classique, voire même sobre.
Julieta elle-même change au cours du film, au sens propre comme au figuré, puisqu'Almodovar utilise deux actrices différentes pour incarner Julieta : Adriana Ugarte et son look coloré pour Julieta "jeune" contre Emma Suarez, plus réservée, dont la tristesse ne quitte jamais totalement le visage (ce que soulignera Lorenzo, son second compagnon, la première fois qu'il la rencontre). Ce changement d'actrice ne choque absolument pas et au contraire, souligne bien la rupture dans la vie de Julieta : l'avant et l'après Antia. Le changement de mise en scène conforte cette idée, et le dépouillement de la deuxième partie met clairement en évidence la solitude et l'isolement de Julieta, qui vit dans un grand appartement vide, dans lequel seules des statues en bois (sculptées par une ancienne amie, morte elle aussi) rappellent le douloureux passé...

Vous l'aurez compris, Julieta a été un vrai coup de cœur pour moi. Intense et poignant, mené par une photographie sublime), il fait partie de ces films dont on ressort muet et immobile, et pour lesquels il faut plus que le temps du générique pour se remettre et retourner à la "vraie" vie.





Voilà pour le troisième épisode de la série "Mon festival de Cannes" !
Prochain et dernier épisode : Elle de Paul Verhoeven.

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