"Nous sommes tous dans la boue, mais certains d'entre nous regardent les étoiles"
Oscar Wilde

jeudi 7 juillet 2016

Lecture commune du mois de juin : Kaïken de Jean-Christophe Grangé

Bonjour les lecteurs !

Je reviens avec retard sur la lecture commune du mois de juin : il s'agissait de Kaïken de Jean-Christophe Grangé.
Un auteur que je n'avais pas relu depuis mon adolescence... Je me souviens, à l'époque du lycée, avoir dévoré Les rivières pourpres, puis Le vol des cigognes, et peut être encore d'autres romans de Grangé dont j'ai oublié les titres.
 J'ai eu ma période Grangé, qui a duré quelques mois, puis je suis passée à d'autres styles de romans. Depuis, je n'ai jamais eu l'occasion ni l'envie de me replonger dans l'un de ses livres, et j'avoue que comme pour tous les auteurs plutôt populaires, l'aspect "commercial" et l'effet "blockbuster" m'effrayaient un peu !
La  lecture commune du mois de juin me donnait enfin l'occasion de savoir si mes craintes étaient fondées !



"L'archipel jouait un rôle exutoire en Occident. Plutôt que de régler ses problèmes, on préférait rêver à un Eden asiatique, un idéal japonais, empreint de paix et de sérénité. Il en était la première victime."


Kaïken raconte en fait plusieurs histoires dans une seule : on commence par y suivre l'inspecteur de police Olivier Passan, un policier violent et irascible, peu protocolaire.
Il est en pleine enquête sur un mystérieux assassin, l'Accoucheur, qui tue des femmes enceintes, leur ouvre le ventre avant d'en sortir le fœtus qu'il calcine ensuite, encore relié à son cordon ombilical.
 Mais alors que l'Accoucheur est sur le point d'être arrêté, une autre intrigue se profile : quelqu'un est en train de s'attaquer à Passan et sa famille...
 Une seconde enquête démarre alors, sur fond de crise personnelle pour Passan qui est en plein divorce avec sa femme japonaise, Naoko.
On le devine, tous ces éléments se croisent au cours du roman, donnant un récit plutôt dense, avec de nombreux personnages qui interviennent chacun à tour de rôle selon les chapitres.

"La cruauté intime de Guillard n'était qu'une réponse à la cruauté générale."

Dès le début de Kaïken, Grangé inverse les codes du roman policier en nous désignant d'emblée le tueur. Plutôt que de suivre l'enquête, il nous propose de suivre le chemin menant jusqu'à l'arrestation du coupable, chemin qui passe par un voyage à travers le passé de celui-ci. En remontant le temps et le parcours de l'Accoucheur, les enquêteurs vont finir par comprendre ses motivations, et comment il est devenu un assassin sanguinaire.
 La seconde partie du roman s'intéresse à l'autre intrigue, qui concerne Passan et sa femme Naoko. Celle-ci se retrouve confrontée à son passé et à une sombre histoire de vengeance et de dette, qui la mènera jusqu'au Japon.

Au total, les ingrédients semblent réunis pour former un bon thriller : des personnages hauts en couleur, avec un duo de flic emblématique (Passan le violent et son co-équipier Fifi, l'insouciant, qui navigue entre alcool et cocaïne) et des personnages secondaires qui agrémentent le récit, une intrigue fascinante qui contient sa part d'horreur, une réflexion sur la cruauté des hommes, une touche d'exotisme.
Oui mais.

Justement : trop, c'est trop. 

 Les personnages sont caricaturaux : qui peut croire une seconde à la façon de fonctionner de Passan, qui agit à sa manière, sans se soucier des lois ni de sa hiérarchie, agresse ses collègue, et ce, sans (presque) jamais être inquiété ?
Quant à sa passion pour le Japon traditionnel, elle frise le ridicule dès les premières pages. Impossible de s'attacher à ce personnage insupportable, dont les réactions impulsives semblent presque enfantines.
Les autres personnages ne sont qu'ébauchés, certains sont carrément ratés, à l'image de la femme de Passan, Naoko, qui a pourtant un rôle important dans la deuxième partie du roman. Sa description en tant que Japonaise frôle même le cliché racial...
L'intrigue ne présente que peu d'intérêt : concernant l'Accoucheur et son parcours, le message est lu et relu cent fois (c'est la société qui pervertit les hommes). La seconde histoire, quant à elle, est tout bonnement invraisemblable.  Et que dire de la scène finale, totalement grotesque (attention spoiler : un combat... au sabre dans les montagnes japonaises) ?
Certains thèmes, pourtant importants, comme le cancer, ou l’ambiguïté sexuelle, ne sont qu'amorcés, donnant au récit un côté superficiel.

Enfin, je n'ai pas accroché avec le style de Jean-Christophe Grangé : trop de familiarités, des dialogues trop pauvres, et surtout, la multiplication des points de suspension, comme pour ménager un suspense qui n'existe pas, m'a vraiment agacée.

En bref, je n'ai absolument pas aimé Kaïken. J'ai lu jusqu'au bout (j'ai déjà évoqué mon principe de toujours terminer un roman commencé), mais c'est avec un ennui profond et une exaspération plus grande de page en page.

Jean-Christophe Grangé souhaitait sans doute donner un côté un peu exotique à son roman en mélangeant les traditions ancestrales du Japon et la modernité, mais c'est complètement raté !

Merci tout de même à La Critiquante d'avoir organisé cette lecture commune qui me confirme que ce n'est définitivement pas parce qu'un auteur figure en top des ventes que ses livres sont bons !



Je ne participerai pas à la lecture commune  du mois de juillet car j'ai déjà lu le roman proposé, Eragon de Christopher Paolini. Je l'ai lu il y a trop longtemps pour écrire un article de mémoire, mais je n'ai pas eu envie de me replonger dans ce pavé (quand bien même j'avais aimé la série).

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