"Nous sommes tous dans la boue, mais certains d'entre nous regardent les étoiles"
Oscar Wilde

jeudi 17 novembre 2016

Sortie ciné : "Ma vie de courgette" de Claude Barras et Céline Sciamma

Bonjour les lecteurs !

Un petit article cinéma entre deux lectures RDE !

Je parle ici d'un film que j'attendais depuis plusieurs mois (surtout que mes amis Lyonnais l'ont déjà vu depuis un moment) : il s'agit de Ma vie de Courgette, un film d'animation de Claude Barras et Céline Sciamma. Je l'attendais avec impatience car les critiques depuis sa sortie à Cannes étaient unanimes et surtout, j'adore le cinéma de Céline Sciamma (Naissance des pieuvres, le génial Tomboy et Bande de filles).
Le film est en plus tiré d'un roman jeunesse que j'ai lu il y a de nombreuses années, Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris. Je n'en garde qu'un vague souvenir mais me rappelle un peu de la trame de l'histoire, des personnages, de certaines répliques.



"Y a plus personne pour nous aimer"

L'histoire est celle d'Icare, ou plutôt Courgette, du petit surnom dont l'affublait sa maman, un enfant qui se retrouve placé dans un foyer suite à la mort de sa maman alcoolique. Au foyer, il rencontre Simon, qui joue le dur pour oublier son chagrin, Béatrice dont la maman a été reconduite à la frontière et qui l'espère derrière chaque bruit de voiture, Alice qui cache son visage derrière ses mèches, ou encore la jolie Camille...
La vie en collectivité n'est tout d'abord pas facile pour Courgette, qui subit les brimades réservées aux nouveaux arrivants. Mais, finalement, le cruel Simon finit par craquer et s'attendrir devant le chagrin de Courgette, avant de lui confier ses propres peines, et les drames de chaque enfant. Les moqueries dans lesquelles il s'enferme lui-même ne servent en fait qu'à oublier que ses parents, des "toxico", l'ont abandonné dans ce foyer.
 Tous ces enfants ont une histoire tragique, et pourtant, ils tentent de survivre et de se reconstruire à leur manière : ils parviennent à sourire, improvisent des jeux, se font des blagues. Le foyer est ainsi présenté comme une petite communauté avec ses codes, dans laquelle les enfants sont mis à l'abri du monde extérieur et surtout des adultes. Ainsi protégés, les enfants apprennent la valeur de l'amitié et de la solidarité : quand Camille part vivre chez sa cruelle tante malgré elle, tous les enfants commencent à faire la grève de la faim pour qu'elle revienne, puis ils trouvent un moyen pour résoudre la situation. Le film rend donc hommage à l'ingéniosité dont les enfants peuvent faire preuve, s'ils ne sont pas brimés par des adultes.
Mais si le film montre clairement que les adultes peuvent être néfastes pour les enfants (on pense à la mère de Courgette, au père d'Alice qui l'agressait sexuellement ou encore à la tante de Camille qui veut récupérer sa garde pour de l'argent), il fait également la part belle aux  adultes bienveillants, comme le personnel du foyer, ou encore Raymond, ce policier qui accueille Courgette pour la première fois et le conduit au foyer, puis s'attache à l'enfant.
Néanmoins, les adultes ne sont que des personnages secondaires, car le film s'efforce de rentrer dans un univers enfantin, avec de l'humour à hauteur d'enfant, en témoignent les rires qui fusent en chœur de l'écran et de la salle lorsque les enfants s'interrogent sur la sexualité et sur le "zizi qui explose"!


Cependant, j'aurais du mal à conseiller ce film à un jeune public, car il me semble difficile d'admettre que l'on puisse abandonner des enfants ou que des parents puissent faire du mal à leurs propres enfants. Le film dépeint malheureusement une réalité, mais je pense qu'elle peut être très douloureuse à imaginer pour de jeunes enfants.

Toutefois, le film vaut autant pour son scénario que pour l'animation : entièrement réalisé en stop motion, avec des marionnettes, les personnages aux grands yeux et aux couleurs vives sont irrésistibles. Le petit Courgette et ses yeux tristes (dont la couleur de cheveux était au moment de la sortie du film assortie à la mienne !), Camille et son air frondeur, Jujube et son pansement sur le front, le réalisateur brosse une galerie de personnages charmants ayant chacun sa propre personnalité et son rôle au sein de la collectivité. Les décors ont également leur importance, depuis la maison de Courgette remplie de cannettes vides jusqu'au foyer et ses frites gigantesques, en passant par le chalet de montagne dans lequel les enfants partent en vacances.
Une attention particulière est également portée à certains objets, comme la cannette que Courgette garde précieusement en souvenir de sa maman, le cerf volant sur lequel il a dessiné son papa, un bateau en papier que Courgette offre à Camille, ou encore l'iPod que les parents de Simon lui envoient, sans comprendre qu'il attend autre chose que des cadeaux.



Ainsi, Ma Vie de Courgette restera l'un des films d'animation les plus marquants, et un film phare de cette rentrée. Il se révèle plein d'espoir malgré la noirceur de son sujet, et montre à quel point l'enfant sait trouver des ressources pour contrer les situations tragiques : une bataille de boules de neige imprévue illumine ainsi une nuit, ou encore une boum durant laquelle l'instituteur s'improvise DJ et fait danser tous les enfants au son d'Eisbaer de
Grauzone.
Ce film m'a véritablement bouleversée, notamment une scène magnifique durant laquelle les enfants regardent de leurs grands yeux de marionnettes une famille aux sports d'hiver.

Attention spoil




Le film se termine tout de même sur une note optimiste, puisque Courgette et Camille finissent par se faire adopter par Raymond, le policier. Courgette est triste de quitter la petite communauté, et souhaite même renoncer au projet pour ne pas laisser ses amis, mais Simon lui répond qu'il ne peut laisser passer cette chance, au nom de tous les enfants abandonnés. Cette scène est l'une des plus touchantes du film : Simon explique à Courgette qu'à l'âge qu'ils ont, les probabilités d'adoption sont extrêmement minces et qu'ils ne seront certainement jamais recueillis par une famille. Cette scène donne également lieu au seul clin d’œil adressé aux adultes, car l'on retrouve Simon en train d'écouter "Salut à toi" des Beruriers noirs, un hymne pour tous les exclus.


A la fin du film, au moment où Raymond prend les enfants en photo tous ensemble, l'émotion submerge le spectateur, et j'ai fini en sanglots, encouragée par la reprise du Vent nous portera par Sophie Hunger qui constitue le générique de fin.

Vous l'aurez compris, Ma vie de Courgette est un film d'animation superbe et intense, à la fois cruel et optimiste, dans un monde d'enfants aux couleurs chatoyantes.



Alors, les lecteurs, vous y allez ?

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