"Nous sommes tous dans la boue, mais certains d'entre nous regardent les étoiles"
Oscar Wilde

samedi 17 juin 2017

"Vernon Subutex" de Virginie Despentes : clochards célestes

Bonjour les lecteurs !

Pour les fans de Virginie Despentes (dont je fais partie), le mois de mai signait la sortie du dernier tome de sa trilogie Vernon Subutex !
Alors d'accord, je n'ai pas fait d'articles sur les deux premiers tomes (pour ma défense je ne tenais pas encore de blog), mais la série est tellement réussie que j'avais envie d'en parler ici !

"Il pense que personne n'est solide. Rien. Aucun groupe. Que c'est le plus difficile à apprendre. Qu'on est les locataires des situations, jamais les propriétaires."

La trilogie Vernon Subutex suit la déchéance puis le renouveau de Vernon, ancien disquaire qui devient SDF puis DJ, à la tête malgré lui d'une communauté un peu particulière.
Le récit s'ouvre avec la mort d'Alex Bleach, chanteur célèbre et ami proche de Vernon, qui lui a laissé sur cassettes ses dernières confessions, un soir de beuveries. Dès que l'existence de ces cassettes est révélée, une véritable course contre la montre se met en place à leur recherche, chacun cherchant à s'approprier les derniers mots de Bleach pour des raisons différentes. Vernon, qui ignore tout des cassettes et de la poursuite dont il fait l'objet, a été mis à la porte de son appartement. Il contacte alors des anciens amis et squatte à droite et à gauche, chez qui veut bien l'héberger, avant de disparaître complètement à la fin du tome 1. Ainsi, dès ce premier épisode, l'auteure nous invite à faire la connaissance de nombreux personnages, pour la plupart issus du passé de Vernon, reliés entre eux par des liens de diverses natures, et qui ne vont cesser de se croiser au fil du récit. Chaque chapitre est consacré à un personnage, et c'est l'une des grandes réussites de la saga que de nous faire basculer d'un univers à un autre de façon particulièrement réaliste.
Car dans l'univers créé par Despentes se mêlent toxico, anciennes stars du porno, SDF, producteur véreux ou encore une enquêtrice mystérieuses, la Hyène (déjà rencontrée dans Apocalypse bébé). 
Avec Vernon Subutex, l'auteure nous brosse ainsi le portrait de personnages blessés par la vie, des laissés pour compte vivant en marge d'une société qui les a exclus. L'auteure n'est pas tendre avec l'humanité, qu'elle nous dépeint gangrenée par l'argent, les envies de vengeance et surtout la peur de l'Autre. Les personnages qui gravitent autour de Vernon sont ainsi rejetés à cause de leur orientation sexuelle, leur condition sociale ou encore leurs convictions, qu'elles soient culturelles ou religieuses. Virginie Despentes se fait une fois de plus porte parole de ces marginaux, choisissant de mettre en lumière leur profonde humanité.
Vernon, par exemple, s'il est l'anti-héros par excellence, flegmatique et paresseux, est à sa manière le témoin d'un monde disparu, celui de l'avènement du rock et des vinyles, un monde dans lequel la musique avait encore une signification autre que commerciale.


Dans le deuxième tome, tous les personnages finissent par former une sorte de communauté, soudée par les "convergences", des soirées animées par Vernon durant lesquelles un mystérieux pouvoir les maintient en "transe". Avec les convergences, les personnages retrouvent une forme de sociabilité et de respect.
Mais le répit offert par la communauté n'est que provisoire et dès le début du troisième tome, une importante somme d'argent, léguée par un ami, met à mal le groupe : des disputes éclatent, les personnages doutent les uns des autres. Cela signe la fin de l'utopie... 

"On vit avec l'idée qu'il peut se passer quelque chose de grave. On prend les transports en commun, on se met en terrasse pour fumer une clope, on va voir un concert. On va danser. 
Et on sait désormais que parfois, on ne reviendra jamais chez soi."


Tandis que la communauté se dissout et que les personnages tentent de reprendre le cours de leur ancienne vie, le monde autour d'eux commence à changer : les premiers attentats ont lieu, le racisme éclot plus que jamais, et les ennemis des premiers tomes, assoiffés de vengeance, passent à l'attaque... Avec ce troisième et dernier tome, Virginie Despentes explore un monde qui bascule peu à peu vers la folie et la barbarie.
Cet épisode est sans doute le plus noir de la saga, mais aussi le plus ancré dans la réalité (les attentats, le phénomène "Nuits debout"). Cependant, malgré son pessimisme, Vernon Subutex délivre un véritable message d'espoir : l'amour de la musique traversera les âges, et toujours rassemblera les foules.

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Avec un style aisément reconnaissable, plutôt "rock", familier parfois, Virginie Despentes réussit un tour de force, celui de dresser le tableau d'une société divisée et dévastée, qui lutte pour conserver un peu d'humanité.





Alors les lecteurs, ça vous tente ?


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2 commentaires:

  1. Je n'ai rien lu de cet auteur, mais tu me donnes envie! les couvertures sont sublimes en plus!

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    1. Pour commencer à lire Despentes il y a aussi "Apocalypse bébé" qui est moins "radical" que d'autres de ses romans. Je te le conseille !

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